Quand j'étais enfant, je rêvais de suivre Mary Poppins dans les dessins à la craie sur le trottoir. D'un saut dans la couleur, elle ouvrait tout un monde en proposant une immersion totale du corps dans la peinture, qui, "d'image", se faisait "lieu".
La rêverie a persisté et ma recherche s'est accrochée à la double problématique de l'image et de la matière picturale. L'idée a pris du corps pour donner lieu à une "mise en Monde poétique" de la peinture.
J'ai affranchi le medium de tout support pour qu'il se fasse "peau", disponible pour toute application. Soumise ou récalcitrante, elle exprime alors les forces de la matière. La chair souple, élastique de prête aux formes sculpturales qui invitent le visiteur au corps à corps dont l'issue est nécessairement une transformation. L'empreinte inscrite dans la matière témoigne alors d'un passage.
La peinture donne a voir la trame de sa genèse entre écriture au pinceau et feuilletage des couches.
Lorsque la matière est poreuse de couleur, les ondes projetées génèrent des sensations physiques et psychiques.
Les incidences sur la perception, si elles sont difficilement mesurables, n'en demeurent pas moins réelles. Ainsi la pratique du lieu devient une expérience sensible qui nécessite que l'on crée les conditions de perception favorables à l'émergence des sensations.
Inventer un lieu de peinture, c'est organiser un agencement de pièces plus ou moins hétérogènes, qui favorise la mise en forme d'un monde. L'ensemble s'organise en un diagramme précis et cependant ouvert aux cheminements et combinaisons multiples. L'oeuvre est espace à vivre avec le corps et l'esprit, jamais figée, toujours prête à de nouvelles émergences.
Poésie, philosophie et sciences fournissent la matière première de la création des Lieux, leur point de convergence est un phénomène, celui de la plasticité dans ses différentes applications:
-Plasticité de la matière picturale et de ses formes
-Plasticité des corps et acteurs potentiels du lieu
-Plasticité cérébrale mécanique et psychique
-Plasticité des agencements...
Ainsi chaque oeuvre peut être extraite de l'organisation dans laquelle elle est prise, pour se prêter à de nouvelles combinaisons.











